lundi 27 avril 2009

Cafards 0, Vicky 1

La saison des cafards est officiellement entamée depuis plus de 2 semaines. Leur festival a lieu tous les soirs de 20h à 4-5h du matin. Ils errent nonchalamment d’un trou à l’autre, se sauvant de la chaleur intense des caniveaux… Eh oui, tout le monde fait son possible pour échapper à cette chaleur désagréable, pénible affligeante, tuante ! Puis, on a la chance de recevoir environ un cafard par jour dans la concession qui monte ensuite dans l’appartement des blancs… On est bien accueillants, mais moi personnellement, j’ai de la difficulté à recevoir ces invités d’une manière décente ! Les autres colocataires sont beaucoup plus tolérants que moi concernant leur visite ! Bien que je déteste les cafards, ça ne les gêne pas de me rendre visite à des heures importunes ! Voici.
Vendredi soir dernier, je revenais de Boulkassoumbougou (il faut y aller tranquillement pour la prononciation J et faire attention pour ne pas s’accrocher la langue), un quartier de Bamako, où j’ai été passer la soirée avec un collègue et ami au travail. A la fin de la soirée, il est venu me reconduire à la maison où il régnait une profonde pénombre dû à une panne de courant. Cette nuit-là, il y avait seulement Catherine à la maison, Michel étant en train d’effectuer son 3e séjour à la clinique (dû à un second palu… dû à un peu de négligence de sa part… !). Catherine dort maintenant dans le passage depuis plus d’un mois, comme c’est moins chaud que dans les chambres. Elle dormait quand je suis rentrée et je suis allée me coucher presqu’en arrivant, sans ventilateur, puisque pas d’énergie pour l’alimenter. Donc, la deuxième chose que l’on remarque quand on a pas de ventilo (la première étant qu’il fait pas mal plus chaud !), c’est qu’on entend tous les petits bruits qui règne dans la chambre, car il n’y a pas de bruit de fond pour les dissimuler… On devine où je veux en venir… ?! À peine confortablement installée dans mon lit, commençant à suer des oreilles ( !), la moustiquaire toujours bien refermée, fortement coincée sous mon matelas, je me sens m’assoupir enfin. Et puis, HORREUR !! J’entends des petits bruits de cliquetis, un peu comme quand on joue délicatement dans un tas de feuilles chiffonnée, juste près de ma tête !! Ah non !! Là, je m’empresse d’ouvrir la lampe frontale que je prends toujours soin de coucher près de moi, sous la moustiquaire pour des raisons de sécurité (comme pour cette raison-là !). Fuyant la lumière, je vois le coupable de ce bruit marcher sous mon lit pour se diriger vers mon sac à dos entrouvert, déposé par terre. Malgré la chaleur, la chaire de poule me gagne rapidement, j’ai le poil hérissé et j’ai peur de sortir de mon lit !! Je suis complètement horrifiée à l’idée que le cafard pourrait monter sur mon lit !! Je prends mon courage à 6 mains, je me découvre de ma cachette me donnant l’impression d’une sécurité et je vais allumer la lumière, malheureusement situé juste au-dessus de mon sac à dos (éventuelle cachette de LA bête !) J’ouvre la lumière, je sors de la chambre, légèrement vêtue ( !), puis je ne bouge plus regardant et écoutant tout signe de vie pouvant dénoncer la présence de cet être si « ouaach »!! Catherine s’est réveillée entre temps et me voit dans cette position immobile attendant elle ne sait quoi ! « Ça va ? » qu’elle me demande d’un ton mi-inquiet en riant un peu… Eh bien non, ça ne va pas très bien ! J’ai un cafard dans ma chambre, comment pourrai-je me rendormir sachant qu’il est encore là, il faut l’attraper ! Voyant que je n’allais vraiment pas allée me recoucher sans l’avoir coincé dans le pot de beurre d’arachide vide et propre servant de piège à cafards, elle est venue à ma rescousse. On s’est retrouvé toutes les 2, en bobette, camisole à 1h du matin, en train de soulever les 2 lits de ma chambre, pousser les 2 commodes, soulever mon sac à dos du bout d’un manche à balai, à la recherche DU cafard. Après une demi-heure de recherche active, on ne l’a pas trouvé. Je panique à l’idée de retourner dans mon lit sans l’avoir attraper. Soudain, tout près de mes pieds, derrière la porte ouverte de ma chambre, encore LE bruit !! Et là, je le vois ! PANIQUE ! Catherine elle n’a pas peur, elle sait se raisonner et tente de me raisonner aussi, sans résultat ! Elle m’oblige à mettre moi-même le pot sur cette chose. Je tremble, mais j’y arrive ! Très patiente, Catherine jase un peu avec moi et me dit que c’est moi qui devrai aller le flusher dans la toilette. Je ne veux vraiment pas, mais je n’ai pas le choix… Elle ne bouge pas de là, m’observe avec insistance et elle a un regard traduisant beaucoup de choses ! Après une totale perte de temps, perte de sommeil, je me convaincs que je dois le faire moi-même… Et j’y arrive ! Je glisse le cafard dans le fameux pot, le jette brusquement dans la toilette, je tire rapidement la chaine et je prends bien soin de refermer le couvercle de la toilette après ! Finalement, à 2h du matin, l’aventure se termine !! Après une heure de total délire de ma part ! Et pour être sûre qu’aucun autre ne se risque dans mon espace, je laisse la lumière de la chambre allumée pendant le restant de la nuit… Histoire de les décourager à entrer. Je ne dors que d’un œil, je vois toutes les heures défiler ! Le corps humain n’a pas l’habitude de dormir avec une telle lumière régnant en plein nuit, mais moi je ne veux pas en voir un second !

Toute cette histoire est malheureusement vraie. Je suis vraiment apeurée à la vue de ces insectes affreux. C’est drôle, parce que lors de mon séjour en Amérique du Sud, je cohabitais très bien avec beaucoup d’insectes et des pas mal plus gros que des coquerelles. Comme je suis en ville ici, il y a très peu d’insectes. Je ne suis pas entraînée comme en Équateur ! Et des histoires comme celles-ci arrivent… Je retire une morale par contre… Je réalise que ce sont des trucs anodins comme ceux-là qui me gardent éveiller en pleine nuit, qui m’inquiètent, qui me font trembler et qui me tracassent trop. Il n’y a pas besoin de craindre pour ma vie à cause de ces bêtes. A part leur look inspirant un profond dégout, elles sont totalement inoffensives… Elles ne mordent ni ne piquent… Et moi, je n’ai pas de souci sauf ÇA… Ce n’est pas la faim, ni l’insécurité, ni la maladie… Comme des millions d’Africains Je ne tire pas des charges de 200-250 kilos sur des pousse-pousses (chariot monté sur 2 roues de bicyclette avec un manche servant à tirer ou à pousser et une plate forme de la superficie d’un mètre par un mètre environ). C’est le gagne-pain de beaucoup de jeunes et moins jeunes garçons. Plus la charge à transporter est lourde, plus c’est payant. Et c’est comme ça que desfois, on voit 4 à 6 sacs de riz de 50 kg chaque empilés dans un seul chariot, un seul homme. Ils poussent ces charges impossibles à travers les rues achalandée, les voitures, les bicyclettes, les motos, les ânes, les trous, les caniveaux… On les voit même dans le marché, endroit assez exigu et difficilement accessible avec un chariot large d’un mètre. Ce sont des tout-terrains trop vaillants… Ces hommes sont souvent très minces et ne demandent qu’à travailler pour manger un peu le soir. Quand les sotramas arrivent à un arrêt avec une charge sur le toit, on voit tous ces garçons courir après le sotrama, afin que la dame s’occupant des ces sacs mandate l’un d’eux à traîner ces cargaisons pour elle…

Moi j’assiste encore une fois impuissante à des scènes comme celles-là. Que dire, que faire, comment agir ? HAaaa ! Eux qui travaillent aussi durement que des mulets à longueur de journée à des températures frôlant les 45°C vs moi qui traîne, insouciante, dans le marché à la recherche d’un quelconque achat de matériel textile pour ramener dans mon pays si riche… ! Ouf, ça fait mal. Est-ce qu’on mérite des sorts comme ceux-là, qu’ont-ils fait ces Africains pour s’en sortir avec de telles conditions de vie ? Et les Blancs, que font-ils pour remédier à ça ? Eh ! Pas grand-chose, parce que ça nous arrange bien que les pays du tiers-monde, rebaptisés « pays en voie de développement » (pour notre bonne conscience !) le restent. On a besoin d’eux ! On a besoin de l’or qui dort sur leur territoire et qu’ils exploitent dans des conditions encore une fois abominables. Parce que s’ils s’en sortent, y’a plus personne qui pourra se graisser la patte au passage… Ils doivent faire vivre les plus gras de cette planète !! C’est une tâche des plus ingrates… Je vois aussi dans les rues, des banderoles qui affichent : « le pétrole, l’espoir de demain ». Wow, ça donne le goût de s’y investir et on arrive à en convaincre beaucoup de ces espoirs… Les propos d’une CFCIste résonnent… « L’espoir de demain, le désespoir d’après-demain… ».

Je n’ai plus peur des cafard maintenant. Je dors dans le noir et j’ignore les bruits de cliquetis. Je ne tremble à l’idée d’en voir ou d’en entendre un. Je suis immunisée...

On est bien au Québec, il faut le réaliser !! Un séjour africain replace les idées à la bonne place. Arrêtons de se lamenter de la température instable, des pelouses jaunies, de la mauvaise odeur (moi aussi j’arrête !) du fumier printanier… C’est qu’on est bien insouciants de ce que pourrait être notre condition si notre étoile ne nous avait pas mis au monde dans un « pays industrialisé »… Séjour en Afrique recommandé pour tous les plaintifs de tout et de rien !

Je me ventais de ma tolérance accrue envers des éléments à lesquels je suis exposée ici et que j'espère ramener au Québec… Eh bien, gare à mon intolérance face à des discours aussi vaporeux et sans consistance que ceux-ci ! J'aurai bien peu de compassion...

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